LOCALS STROLLER

Vans Era

Stroller est un crew grec qui écume depuis quelques années les spots bien crusty d’Athènes. Il a déjà à son actif quelques edits, dont la marquante MERAKI, sortie en mars 2023, qui proposait à la fois du très bon skate, et beaucoup de conneries. Ce dernier point nous a beaucoup plu, nous ramenant plusieurs années en arrière, quand le skate se prenait un peu moins au sérieux. Mais, comme vous le savez, « Le skate il a changé ! », pour le meilleur ou le pire. Tout dépend de votre appréciation.
Bref, on était curieux d’en apprendre un peu plus à leur sujet. Alors on leur a filé un appareil photo, afin qu’ils documentent leur vie, puis on a fait un interview avec Elvis, le porte-parole.

Elvis Allarai filmer for Stroller crew
Elvis

Est-ce que tu peux te présenter ?

Je m’appelle Elvis Allarai, je suis un skateur/vidéaste et le porte-parole de Stroller, une marque que je gère avec mes meilleurs amis.

Quand as-tu commencé à skater et qu’est-ce qui t’a donné envie de te mettre au filming ?

J’ai commencé à skater quand j’avais douze ans avec mes deux amis Menios et Joner. On vivait dans un petit village hors d’Athènes à cette époque. On était les seuls à skater et, à un moment donné, on a arrêté, parce que j’ai dû déménager dans un autre village. On ne se voyait plus qu’à l’école et à travers les jeux vidéos. Heureusement, on a recommencé à skater quelques années plus tard, une fois la période gaming passée. Vers mes quinze ans environ, j’ai pu commencer à me rendre au skatepark le plus proche de chez moi dans la ville de Chalcis. J’ai toujours détesté la route qui menait à la gare. Personne ne voulait me prendre en auto-stop, putain !

Pour le filming, je m’y suis mis un peu plus tard, parce que j’ai toujours adoré les vidéos de skate.

J’ai donc d’abord acheté un appareil photo numérique après avoir travaillé dans le bâtiment à Londres durant un été – « Big up à mon oncle ! » Avant cela, au lycée, j’avais tellement envie de vivre à Athènes que je me suis mis à beaucoup étudier et j’ai réussi, avec un peu de chance, les examens nationaux qui m’ont permis d’entrer à l’Université d’Athènes. Mais j’ai officieusement abandonné mes études au bout d’un an. Je n’en pouvais plus. L’informatique, ça rend fou ! Mais au moins, cela a rendu un peu mes parents heureux et ça m’a aidé à créer notre site Web. Après avoir déménagé à Athènes, j’ai commencé à faire des tournages à droite, à gauche pour payer les factures. Bien sûr, au lieu d’étudier, je ne faisais que skater et traîner avec les autres gars qui ont rejoint le crew plus tard. On se connaissait déjà auparavant, mais, une fois que je suis arrivé en ville, la connexion village/ville est devenue plus étroite. Plus tard, après avoir filmé quelques vidéos avec ce reflex numérique merdique, j’ai décidé d’acheter une Panasonic, mais je suis toujours coincé avec un fisheye de merde.

Elvis & Alex Sxalispa Paschalis
Elvis et Alex « Sxalispa » Paschalis avec des chiens mignons qui passaient par là. Ils en ont profité pour pisser sur le spot.
Nikolas Konstandakis « Dakis » – Bs 5-0
Nikolas Konstandakis « Dakis » – Bs 5-0

Pourquoi avoir choisi le nom Stroller ?

Quand on revenait dans notre village, à chaque session, on se faisait virer par les personnes âgées. Comme elles ne savaient pas comment appeler un skate, elles criaient : « Partez d’ici avec votre karótsia !» Ça signifie une poussette en grec ou quelque chose comme ça. Quand on a commencé à faire des edits avec nos téléphones et qu’on cherchait un nom, j’ai pensé à « karótsia ». Traduit du grec vers l’anglais, ça a donné « Stroller ».

Est-ce que tu as un petit mot pour chacun des membres du crew ?

Oh, je vais essayer d’être sympa sur ce coup-là, parce qu’on se balance pas mal de saloperies entre nous.

Alex « Sxalispa » Paschalis : il skate à fond et gère également la partie graphique du projet. Avant, il était considéré comme le petit jeune et l’immature de la team, mais il a beaucoup progressé et maintenant il est sans doute le plus mature d’entre nous.  Mais c’est toujours le plus jeune.

Alexandros « Tsaga » Tsagkalidis : ce gars est un maniaque. Il fait du sport, skate, recherche des spots et parle constamment de skate. Il a même une alarme réglée tous jours pour pouvoir se réveiller tôt et skater plus.

Agamemnon « Menios » Zacharakis : c’est tout le contraire. Il disparaît pendant des mois, puis il réapparaît pour un trip ou revient en ville quelques temps. Il prend les choses avec beaucoup de légèreté. Mais quand il skate, il est à fond. Si tu réussis à le filmer au bon moment, tu peux obtenir des clips, sinon, bonne chance, parce qu’il n’essaiera pas plus de cinq fois son trick pour toi !

John « Joner » Mavraggelos : c’est plutôt un travailleur acharné, mais il a souvent des problèmes avec la sécurité ou la police. C’est un aimant à problèmes. La justice en a actuellement après lui, parce qu’on avait skaté un spot à Thessalonique pendant le Covid. Les flics sont venus pour nous virer, parce qu’une personne dans le quartier avait raconté que nous abîmions le marbre, alors qu’il s’agissait d’un spot skaté depuis les années 90. Bref, pour faire court, Joner s’est fait arrêter avec d’autres gars de « Laikon » par la police et ils ont fini en garde à vue. Maintenant, il doit faire profil bas pendant cinq mois, sinon il risque d’avoir de sérieux problèmes.

Giannis « Improper » Katsaounos : j’adore son style. Il s’est beaucoup investi dans la construction du skatepark « Asylum Galatsi D.I.Y » et il est également prof de skate pour « Free Movement », une organisation à but non lucratif qui aide les réfugiés et les enfants à skater en Grèce.

Nikolas « Dakis » Konstadakis : c’est un guitariste de jazz. On peut dire qu’il est le directeur créatif du crew en quelque sorte. Il est pleinement investi dans la musique, les arts et le skate. On habite dans le même appartement maintenant, donc sa musique est sujet de débats quotidiens. Les autres en ont marre, parce qu’ils ont l’impression qu’on se chamaille presque tout le temps. Peut-être que c’est le cas, mais, à la fin, ce n’est que de l’amour (et de la haine).

Billy Paraskevopoulos : c’est un sacré gars aussi. Il n’a que deux clips, mais il n’a pas besoin de plus. C’est une perle rare. Actuellement, il étudie quelque chose comme du multimédia et de l’informatique… Personne ne le saura jamais… Il fait un tas de trucs. Comme il dit toujours : « Je suis sur plein de projets en ce moment mec ! » C’est le brainstormer en chef, clairement.

Comment c’est de skater à Athènes ?

La ville est idéale pour skater. Cependant, on n’a pas de skatepark dans le centre. Le seul qu’on a est à une heure avec le trafic. On n’a pas non plus de bonnes plazas, mais il y a beaucoup de bons spots, même s’ils sont pour la plupart crusty, mais c’est la vie.
Dernièrement, Athènes attire l’attention de nombreux skateurs à travers le monde. Je suppose que les gens cherchent de nouveaux lieux, parce qu’ils en ont peut-être assez de skater dans les mêmes villes. Aussi, je ne veux pas m’en vanter, mais je pense que la Grèce est le choix idéal si vous recherchez quelque chose de frais. Vous allez passer de bons moments et goûter de la nourriture incroyable.

Quel est votre local spot ?

On va souvent à la place Kotzias ces derniers temps. C’est au centre d’Athènes. Il y a un bon flat et des curbs qui accrochent qu’on essaie de réparer. C’est cool pour se chauffer, c’est à côté de chez nous et c’est aussi proche d’un autre spot qu’on apprécie qui est surnommé Gotham. C’est un spot avec des banks blancs vraiment célèbres ici, que tu as peut-être vus dans des vidéos. Maintenant, les banks ont été anti-skatés et certains curbs sont foutus. Mais ça reste fun. Un event y est organisé tous les dimanches par quelques skateurs OG.

Stroller crew Athènes
Nikolas « Dakis » Konstadakis  et John Mavraggelos « Joner » appréciant des bières pas chères.

Est-ce vrai qu’à chaque fois que la ville construit quelque chose, quand elle commence à creuser, il y a toujours des antiquités ou des conneries de ce genre ?

Oui, Athènes possède une grande Histoire, comme tu le sais. Il y a beaucoup trop de choses anciennes enfouies sous terre. Dès qu’ils trouvent quelque chose, ils arrêtent les travaux pour sortir les antiquités et les mettre dans un endroit sûr ou autre. Je ne sais pas, je ne suis pas archéologue mais si quelqu’un lit ceci, envoyez-nous des trucs antiques : on recherche de l’inspiration pour les graphiques.
Ils sont en train de construire une nouvelle ligne de métro et une nouvelle station dans notre quartier. On est assez curieux de découvrir cette nouvelle ligne de métro, on espère que de nouveaux spots vont apparaître, mais les locaux sont très inquiets, car cela va sûrement augmenter le prix de l’immobilier. A côté de chez moi, à « Exarchia », à l’époque, c’était un quartier où vivaient de nombreux anarchistes, il n’y avait pas de règles, comme à Christiania, à Copenhague, mais en plus compliqué. Maintenant, c’est beaucoup plus chill, mais certaines personnes protestent, se battent et lancent même parfois des cocktails Molotov sur la police.

Quelles sont les autres villes pour skater à part Athènes ?

Il y a Thessalonique, la deuxième plus grande ville. Notis Aggelis vient de cet endroit. C’est le GOAT. Lui et George Patias ont créé l’une des meilleures marques locales, « Screw Loose ».  Shot out à « Laikon » et Mike Hristov également.

Quel était le projet derrière la vidéo MERAKI ?

Pendant le Covid, on se retrouvait chez moi presque tous les jours, dans mon appartement de 30m2. Tu imagines huit personnes dormir dans cet espace ? C’était fou. Personne n’avait de travail. On filmait tous les jours, on rentrait à la maison et on regardait les footages. Cela nous a pris deux ans. J’ai adoré la réalisation, mais, maintenant que j’ai revu la vidéo, je trouve que c’était un peu n’importe quoi. Mais cela fait partie du processus je suppose, et je suis vraiment enthousiasmé par le nouveau projet qu’on prépare.

Stroller crew
En pleine discussion avec le Président d’Athènes.

Y a-t-il d’autres crews qui t’inspirent ?

Bien sûr, je regarde presque tout ce qui sort, mais je n’apprécie réellement qu’un tout petit nombre de vidéos. Je trouve que le niveau de progression du skate est allé beaucoup trop loin. Pourtant, j’adore regarder des tricks époustouflants, mais je les apprécie d’avantage lorsqu’ils sont proposés dans une vidéo à la fois créative au niveau du filming/montage, au niveau des spots et, plus important encore, qui met en avant la bonne énergie entre des potes. Si quelque chose sonne faux, tu peux le sentir. Quant à ce qui m’inspire, il y a beaucoup de choses. Bien sûr, j’ai grandi en regardant principalement la Baker 3 et les Antihero, mais aujourd’hui, à mon époque, je dirais que celles qui me font kiffer le plus sont les vidéos de Limosine, GX1000, Palace, Dime, Bronze56k, Strobeck, ou encore celles de John Wilson, entre autres.

Il y a un moment dans la vidéo MERAKI où il y a un membre du crew qui tient un pole jam avec sa ceinture et son pantalon tombe…

Ahaha, c’était à l’extérieur de mon université. On venait de sortir du restaurant étudiant. En rentrant, sur le chemin, on se racontait des conneries et Nikolas « Dakis » a dit : « Qui peut rapidement faire ollie par-dessus le gap et prendre ce pole jam ? » Alex « Sxalispa » a répondu : « C’est mort, c’est trop serré. » et Alex « Tsaga » a rétorqué : « Qu’est-ce que tu racontes ?! Je le fais first try mon gars. » Alors Sxalispa a tenu le poteau avec sa ceinture, parce que le poteau tombait, et voilà comment ça s’est passé.

Elvis, Stroller video
Filming pour la nouvelle vidéo STROLLER non loin des collines au centre d’Athènes.

Avez-vous organisé une avant-première de votre vidéo dans un skate shop ?

On l’a fait sur les plus anciens projets, mais, pour la première de MERAKI, c’était dans une salle de théâtre. C’était à la fois la meilleure et la pire idée. Chaque événement qu’on organise se passe toujours mal, comme notre interview, n’est-ce pas ? hahaha – le réseau était très mauvais et Elvis m’a appelé avec quatre téléphones différents –. Je m’occupais du montage de la vidéo, donc je n’avais pas beaucoup de temps pour organiser la première et toute cette merde, alors j’ai missionné Nikolas « Dakis ». La gérante de l’immeuble lui a demandé combien de personnes étaient attendues. Il a répondu 150 et elle a suggéré la petite salle pouvant accueillir 100 personnes. S’il y en avait plus, il était possible de faire une autre projection. Nikolas a alors réservé la petite salle. On y est allés pour tout tester quelques heures avant la projection. Je ne pensais pas qu’il y aurait beaucoup de monde, parce que la scène skate d’Athènes n’est pas la plus grande. Le jour de l’AVP, à l’heure de la première projection, on était en mode putain, personne ne s’est ramené et, après qu’on soit sortis de la salle, la bataille a commencé. Tout le monde est littéralement venu après. C’est la mentalité typiquement grecque de ne jamais être à l’heure. La gérante de l’immeuble était là et nous injuriait : « Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi avez-vous invité autant de monde ?! » Il y avait environ 400 personnes partout dans le bâtiment, dans les escaliers, car il faut monter, traverser un restaurant et ensuite entrer dans la salle de projection. On avait bloqué le restaurant et elle était tellement en colère qu’elle criait et insultait les gens : « Vous êtes cons ! Je vais annuler ça ! Foutez le camp d’ici ! » Mais tu sais, les gens s’en foutaient et ils ont commencé à crier aussi. On a essayé de calmer tout le monde et on a supplié d’arrêter de faire du bruit en disant que sinon il n’y aurait pas de nouvelle projection. Finalement, ils nous ont écoutés, ils ont fait la queue en silence pour les projections et tout s’est bien passé. Du moins pour nous, mais sûrement pas pour la folle gérante de l’immeuble et pour les gens qui mangeaient au restaurant.

Quels conseils donnerais-tu à un crew qui souhaite filmer et organiser une AVP ?

 Entourez-vous des bonnes personnes et terminez les projets que vous avez en tête.

Quels sont vos prochains projets ?

On a une vidéo qui sortira bientôt, plus quelque chose que je ne veux pas spoiler pour l’instant. Gardez un œil sur notre site web strollercrew.com, on va bientôt sortir de nouveaux produits.

Alexandros Stroller crew
Alexandros « Tsaga » Tsagkalidis devant une poubelle qui brûle après une manifestation à Exarchia.

Pour les supporter, voici leurs RS:
IG Stroller
YT Stroller
Website StrollerAthens.com

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