ITW : Une vidéo filmée sur des airs de jeux pour enfants by Charlie Lanceplaine
Amsterdam compte plus de 400 aires de jeux, des espaces habituellement destinés aux enfants. Mais Charlie Lanceplaine y a vu de potentiels spots et a réussi à convaincre ses potes plutôt réticents au départ à embarquer dans le projet Spring Riders. Curieux comme on est, on lui a alors posé quelques questions en vif pour savoir de quoi il en retournait.
Est-ce que tu peux te présenter ?
Je m’appelle Charlie Lanceplaine, je suis réalisateur. Je suis originaire de Saint-Brieuc, en Bretagne, mais ça fait quasiment 20 ans maintenant que je vis à l’étranger. J’ai passé une douzaine d’années en Chine, à Shanghai, puis 6 ans à Amsterdam. Je pars bientôt pour le Japon.
Quelle est l’idée derrière Spring Riders ?
Spring Riders est une vidéo de skate que j’ai réalisée et filmée principalement à Amsterdam et dans deux ou trois villes aux alentours. Le concept, c’était de faire du skate dans des aires de jeux pour enfants. Je voulais quelque chose de coloré, drôle, fun, parce que beaucoup de spots aux Pays-Bas sont un peu tristounets : beaucoup de briques rouges, des spots dans de petites ruelles, que je ne trouve pas forcément très intéressants visuellement.
En se baladant dans la ville, on tombait souvent sur des aires de jeux super mignonnes, avec plein de couleurs, des dessins, etc. Je me suis dit : “Putain, ce serait cool de faire une vidéo là-dessus.”
Mais je ne voulais pas non plus que ce soit trop cheesy ou trop débile, avec uniquement des boneless ou des no comply. Je pense qu’on a trouvé un bon équilibre entre du skate, des trucs marrants, mais pas trop absurdes.

As-tu rencontré des difficultés ?
Ça n’a pas été simple de convaincre des skateurs de rider ce genre de spots, parce que la plupart du temps, il n’y avait pas d’élan, ou alors ça ne roulait pas à cause des sols, qui sont mous pour éviter que les enfants se fassent mal. Je crois que ça, ça a été le plus dur : convaincre des gens de skater ces spots. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle j’ai mis un peu plus de deux ans à boucler la vidéo.
Pourquoi la ville dispose-t-elle d’autant d’aires de jeux ?
Les Pays-Bas sont le pays où les enfants sont considérés comme les plus heureux au monde. Il y a cette mentalité : “Fais ton truc, amuse-toi, tant que tu n’emmerdes personne.” Dès leur plus jeune âge, les enfants sont habitués à être assez autonomes, à se débrouiller. Et il y a une loi qui stipule que dans les grandes villes néerlandaises, les enfants ne peuvent pas vivre à plus de 250 ou 300 mètres d’une aire de jeux. Donc, dans chaque quartier, à presque chaque coin de rue, tu peux potentiellement trouver un spot.

J’imagine qu’ils ne sont pas tous skatables ?
Loin de là ! J’ai tellement de pins sur mon téléphone avec plein de spots… La plupart étaient vraiment pourris. Mais bon, on a quand même réussi à sortir six minutes de vidéo, donc on s’en est bien sortis.
Avec qui as-tu réalisé ce projet ?
En fait, je l’ai réalisé tout seul. J’ai tout filmé et monté moi-même. Après, j’ai un pote photographe, Fred Walker, qui était souvent avec moi pour prendre des photos pendant les sessions.
La séquence, le trick ou la line dont tu es le plus fier ?
C’est assez dur de convaincre du monde, donc j’ai l’impression que chaque image était une petite victoire. Mais si je devais en retenir un, ce serait le front flip à la fin. À la base, je ne pensais pas mettre un trick de roller à la fin de la vidéo. C’est mon pote Fred qui m’a proposé l’idée. Il m’a dit : « Il y a cette fille qui veut faire un trick sur ce spot. Est-ce que tu serais chaud pour aller filmer ? » Je me suis dit : pourquoi pas. Beaucoup de gens veulent skater ce spot, mais une fois dessus, ils disent que c’est impossible. Et c’est vrai que c’est flippant. Quelque peu sceptique, j’ai posé ma caméra sur trépied et j’ai laissé tourner. Quand elle a rentré le trick, je me suis dit que ce serait cool de mettre ce trick à la fin de l’édit. Personne ne s’y attendra ! En plus, je trouvais que c’était super impressionnant.

Et puis, je trouve que ça collait bien avec le côté enfantin de la vidéo. Tu sais, quand t’es gamin, tu te prends pas trop la tête sur ce qui doit figurer dans une vidéo.
Je suis aussi vraiment content d’avoir réussi à filmer le trick de Tjerk Oostin, qui fait un switch nose manny fakie flip out. Je voulais absolument capturer un manual sur un banc à ressorts. En fait, c’était beaucoup plus dur qu’on l’imaginait parce que ça rebondissait dans tous les sens. Si tu n’atterrissais pas parfaitement, tu te faisais éjecter. Il fallait vraiment être ultra précis. Mais ce mec est tellement fort en manual qu’au final, ça n’a pas été si compliqué pour lui de le rentrer.

Il y a aussi le 5-0 sur une sorte de rainbow rail tournant. J’avais ce spot en tête depuis un moment. Avec Santiago, un Colombien qui vivait à Amsterdam à l’époque, on est passé devant. Comme je savais qu’il aimait bien bouffer du gros rail, je lui ai proposé. Et il l’a rentré ultra rapidement.

Une anecdote marrante durant le projet ?
Vers la fin du projet, j’ai eu envie de skater un curb qui me paraissait assez alléchant. Et je me suis dit : « putain, je ferais bien un switch crook là-dessus ». Le sol était mou. Lorsque j’ai pris mon élan, que j’ai posé ma board et mis les pieds dessus, je me suis éclaté. C’est à ce moment-là que j’ai compris pourquoi personne ne voulait skater ces spots [rires].
Une dernière chose à ajouter ?
J’aimerais préciser que le nom Spring Riders signifie en anglais “cheval à bascule”. Je trouvais que c’était marrant et que ça collait bien à une vidéo qui sortait au printemps, avec ce jeu de mots autour de rider. J’ai toujours kiffé ces petits jeux de mots un peu à la con dans les vidéos de tournée Girl.

