Atiba : Son regard sur la photographie de skate aujourd’hui

Vans Era

La photographie de skate moderne nous a offert des clichés devenus iconiques. Le frontside flip d’Andrew Reynolds au milieu de la foule, capturé par Atiba Jefferson ; le tré flip de Josh Kalis au-dessus d’une poubelle, immortalisé par Mike Blabac ; ou encore le backside de Bobby Puleo, figé par Mike O’Meally avec les tours du World Trade Center en arrière-plan, autant d’images gravées dans la mémoire collective.
Aujourd’hui, avec le déclin de la presse papier – même nous continuons de défendre ce format -, la montée en puissance de la vidéo, et le flux constant de contenu alimenté par les réseaux sociaux, nous avons souhaité recueillir le point de vue d’Atiba sur l’état actuel de la photographie de skate.
Lors d’une exposition organisée à Arrow and Beast avec le soutien de Vans, où étaient présentées ses œuvres ainsi que la collection Atiba x Vans, nous avons pris un peu de temps afin d’échanger avec lui.

Tu as commencé en photographiant sur pellicule. Comment le passage à la photo numérique a-t-il changé ta manière de travailler ?
Ce que j’aime dans la photographie, c’est de toujours chercher à m’améliorer. J’ai commencé avec du 35 mm, puis je suis passé au moyen format, et enfin au numérique. Pour être honnête, mes premières photos numériques étaient affreuses. Les appareils n’étaient pas encore au point, et ce rendu fait aujourd’hui très daté.
Mais j’ai toujours aimé l’évolution des appareils et des outils. En tant qu’ambassadeur Canon, c’est encore plus excitant, car je peux tester des appareils et des objectifs avant leur sortie. Pour moi, le passage au numérique n’a été qu’une étape de plus dans mon évolution photographique.

Je n’ai jamais arrêté de shooter en argentique, et les gens sont toujours surpris d’apprendre ça. Le numérique, c’est juste tellement plus simple, parce que je sais tout de suite si j’ai la bonne photo. En skate, tu ne sais jamais vraiment avant de la voir. Le numérique m’a permis d’obtenir exactement ce dont j’avais besoin. Je pouvais immédiatement voir si la lumière ne fonctionnait pas.
Et surtout, le plus important, c’est que le skateur peut voir la photo tout de suite, ce qui le motive. Donc le numérique, ce n’est pas seulement une question de commodité, c’est aussi une question de relation humaine.

Et c’est aussi beaucoup moins cher de shooter en numérique. Dave Swift disait dans un interview que Transworld dépensait environ 9 000 $ en pellicules et 15 000 $ supplémentaires chaque mois pour le développement.
Oui, c’est bien moins cher que la pellicule. À l’époque de l’argentique, je ne faisais presque pas de portraits ou de photos lifestyle, car il fallait économiser chaque image pour les trips de skate. Je n’ai pas beaucoup d’archives de cette période, parce que chaque cliché comptait. Il fallait capturer LE trick. Avec le numérique, tu peux shooter librement. C’est génial. Mais la pellicule reste incroyable aussi. J’ai toujours mes appareils argentiques avec moi et je les utilise tout le temps.

Quand as-tu shooté sur pellicule pour la dernière fois ?
Beaucoup de gens ne le savent pas, mais j’ai fait un article pour Thrasher avec Supreme lors d’un trip à Miami, tout était en argentique. Aujourd’hui, les gens ne voient même plus la différence, à moins qu’on leur dise.

Pourquoi avoir choisi la pellicule à ce moment-là ?
C’était en fait l’idée du team manager. Il voulait que je shoote en moyen format avec un Hasselblad. J’ai trouvé que ce serait amusant. De toute façon, j’ai toujours un appareil argentique avec moi.

Qu’est-ce qui t’a inspiré à utiliser un Hasselblad moyen format avec un objectif fisheye ? Cet appareil est devenu une référence dans la photo de skate durant un temps.
Cette idée m’est venue quand j’assistais Andy Bernstein, le photographe des Lakers. Il shootait avec un Hasselblad, et son obturateur central est beaucoup plus rapide qu’un 35 mm. Ça m’a fait réfléchir : si j’ai un téléobjectif, pourquoi ne pas aussi avoir un fisheye ? C’était super cher à l’époque, mais ça m’a vraiment différencié. Je n’étais pas le premier à le faire, mais j’étais le premier à en posséder un et à l’utiliser tout le temps.

Aujourd’hui, avec la disparition progressive des magazines imprimés et les réseaux sociaux saturés d’images, comment décrirais tu l’état actuel de la photo de skate ?
Ce n’est plus comme avant, mais Thrasher reste le plus grand magazine. Rien ne remplacera jamais une couverture, c’est toujours un moment spécial pour pour les skateurs.
Mais oui, les choses ont changé. Il y a moins de magazines papier, et avec les réseaux sociaux, les photos perdent de la valeur dès que la vidéo du trick sort. Beaucoup de gens postent la vidéo immédiatement, et je me dis : “Mec, j’ai envoyé ça à Thrasher.” Donc ce n’est pas toujours idéal.
Mais les réseaux sociaux permettent aussi à des millions de gens de voir une photo instantanément. C’est incroyable. Il faut juste apprendre à les utiliser à ton avantage, sans te sentir esclave d’eux.

J. Grant Brittain a dit qu’avec les réseaux sociaux, il y a beaucoup de quantité, mais peu de qualité. Tu es d’accord ?
Oui, même sur mon propre compte, je poste beaucoup, probablement trop. Mais en même temps, je me dis : ça va.

Quelle est la dernière couverture que tu as shootée et qui t’a vraiment enthousiasmé ?
La nouvelle couverture de Thrasher avec Chris Joslin, son tré flip à El Toro. C’est l’une des choses les plus folles que j’aie jamais vues. Mike Burnett, m’a demandé de shooter au fisheye, ce que je n’aurais jamais fait de moi-même.
Après 30 ans de photo, tu as l’impression d’avoir tout fait, mais cette photo m’a prouvé qu’il y a toujours quelque chose de nouveau à apprendre. C’est l’un de mes clichés préférés : le trick, la photo, l’angle. J’en suis vraiment fier.

Combien d’essais lui a-t-il fallu pour réussir le 360 ?
Cinq tentatives. Et il a plaqué le premier essai.

Tu suis des photographes en dehors du skate ?
À 100 %. Je tire beaucoup d’inspiration d’autres photographes. Tyler Mitchell et Shaniqwa Jarvis sont deux de mes préférés, ils sont incroyables en photo de mode et de portrait. Ryan McGinley aussi, son travail est magnifique.
Je m’inspire aussi des nouveaux photographes de skate. Jerry Hsu fait partie de mes favoris absolus. Ce mec est un génie dans tout ce qu’il fait. À cause de gens comme lui, j’essaie de sortir de ma zone de confort et de mon propre style.

Y a-t-il d’autres photographes de skate que tu admires particulièrement ?
J’adore Alex Pires. Ce gars est incroyable, un super photographe de skate. Je pourrais en citer plein, mais il est définitivement dans la liste.

Penses-tu que l’IA est une menace pour la photo, ou juste un outil créatif de plus ?
Je ne stresse pas à propos de l’IA. Franchement, Photoshop a des fonctions d’IA depuis des années. Bien sûr, ce qu’on appelle IA aujourd’hui est différent, mais les skateurs célébreront toujours le vrai, et l’IA, c’est du faux. Donc dans le skate, ça ne colle pas vraiment.
Mais pour la photo en général, surtout pour les produits ou le e-commerce, oui, l’IA aura un impact. Ce serait idiot de l’ignorer.

Crédit : @danikm

En dehors de la photo de skate, tu fais aussi de la photo commerciale. L’IA pourrait-elle affecter ce côté-là de ton métier ?
Oui, peut-être. D’une certaine manière, je suis content d’être plus âgé et plus proche de la retraite. L’IA fait un peu peur, c’est sûr.

Quelle photo considères tu comme la plus iconique ?
Je ne dirais pas “iconique”, les tricks le sont davantage. Comme le kickflip de Tyshawn au-dessus des rails de train, c’est une photo dont on se souviendra toujours. Il y a peut-être trois ou quatre clichés que les gens associent à moi, et c’est très bien comme ça.
Ce kickflip, et le tré flip de Joslin, ce sont des moments historiques. Tout comme le loop de Tony Hawk. Ces moments n’arrivent qu’une fois de temps en temps.

Peux-tu partager quelques mots sur ces photos emblématiques, notamment celles imprimées sur les semelles de ta collaboration ?
Je voulais varier, pas faire la même semelle pour chaque paire. Comme Curren Capples a sa propre pro shoe et que j’avais ma colorway sur cette chaussure, j’ai voulu proposer quelque chose qui fasse sens.

Pourquoi ce tré flip-là et pas un autre trick ?
Honnêtement, c’était surtout une question de mise en page. Certains tricks ne rendaient pas bien visuellement, mais celui-là s’intégrait parfaitement dans la semelle. Et puis Curren a dit que c’était son tré flip préféré, donc c’était encore mieux.

Et la photo de John Cardiel ?
C’est juste l’une de mes photos préférées. J’adore John, et c’est la première personne à laquelle j’ai pensé quand j’ai voulu rendre hommage à quelqu’un à travers ces images.

Et la suite pour toi ?
J’espère sortir un livre l’année prochaine, et continuer à skater et à travailler avec Vans.

L’exposition photo ATIBA x VANS se tiendra jusqu’au 25 octobre 2025.

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